Démarche artistique

Peindre est pour moi un geste nomade engagé, contestataire d’une société post-industrielle hyper sédentarisée. Mon travail s’articule ainsi dans le prolongement du voyage. Illustré sous le prisme du retour, il dépicte des fragments nomades vécus, de sources hétéroclites et desquels surgissent un imaginaire migratoire dans lequel se fusionnent poésie du voyage et brutalité industrielle.

Le départ est souverain dans ce monde sédentaire...

L’humain est avant tout un être de mouvement, nomade par ses origines. Cependant, dans son besoin d’individualiser et sédentariser sa force de production, la révolution industrielle aurait complètement perverti le contact avec le mouvement et donc le voyage. L’humain se déplace plus que jamais comme un sédentaire et le mouvement en perd sa qualité. Cette cristallisation ultime de la sédentarité constituerait la source d’une grande impasse sociale et d’un malaise dans l’ère post-industrielle alors qu’aseptisation, sécurité, isolement, accumulation et confort dictent le paradigme social. Un renouement beaucoup plus profond et spirituel avec les origines nomades serait non seulement souhaitable mais nécessaire dans la vie de tous les jours afin de rétablir une balance et renouer avec des valeurs nomades de simplicité, de contact magique à la réalité, de solidarité, de proximité à l’extérieur.

La lourde responsabilité du mouvement...

Dans cette perspective, le geste pictural constitue pour moi le manifeste d’une archéologie du mouvement dans laquelle se développe un intérêt pour la recherche et découverte de fragments nomades. Ces fragments se trouvent à être des étincelles de pulsions nomades; les résultats d’une bifurcation dans le quotidien et l’ouverture d’une brèche dans un espace-temps sédentaire. Concrètement, il s’agit d’un ramassis d’artéfacts matériels ou non: objets trouvés, réflexions, photos, esquisses, rencontres ou tout autres faits nomades. Au retour, ceux-ci sont transposés en peintures afin de créer un pont entre les réalités nomade et sédentaire dans une optique de continuation du voyage.

Le geste nomade, sous toutes ses formes, au quotidien ou à l’étranger, intérieur ou physique, devient un geste engagé, une constante disposition au départ qui engendre un changement de perspective et une mutation du paradigme social.